mercredi 10 janvier 2018

Chapitre 4: Je mène l'enquête

Mise en situation
Ce que vous lirez ici est le premier jet d’un roman en cours de création dans le cadre du projet Fais-moi peur, en collaboration avec la maison des jeunes de St-Léonard d’Aston. 

Les grandes lignes sont les suivantes: j'ai fait l'idéation du roman avec les jeunes, lors d'une soirée de création. Ensuite, je dois écrire le roman à partir des éléments choisis et laisser la création être influencée par les réactions des participants. À la fin, je retournerai voir les participants originaux pour une rencontre finale et discuter des idées conservées ou écartées en cours de création. 

Si vous le souhaitez, c'est votre occasion de jouer le rôle d’un directeur littéraire : commentez, relevez les erreurs, suggérez des modifications, formulez vos hypothèses sur ce qui s’en vient... Tous les commentaires sont les bienvenus!

Pour lire le chapitre 1: Je déteste, cliquez ici 
Le chapitre 2: Je m'inquiète, c'est ici, tandis que le 3, c'est ici



Chapitre 4: Je mène l'enquête


Ma mère hausse un sourcil : elle ne semble pas convaincue par la découverte d’Alexis. 

– Voyons, Alex, c’est impossible que ton père soit encore à l’usine. Il n’aurait pas pu dormir là.

Pendant que mon frère secoue la tête, je me verse un nouveau bol de céréales.

– C’est pourtant ce que donne la géolocalisation.

Ma mère lève les yeux au ciel en signe d’agacement envers la technologie.

– C’est sûrement une erreur… ou c’est qu’il a échappé son téléphone avant de partir fêter son achat avec ses partenaires pendant la soirée. Il aura pris quelques verres et c’est pour ça qu’il a oublié d’appeler.

Elle a le regard pensif alors que mon frère rétorque :

– Mais maman…

Elle lève une main pour signifier à Alexis qu’elle ne discutera pas .

– Plus j’y songe, dit-elle, et plus c’est ce qui m’apparaît le plus logique.

Il faut que je tente de la ramener à la raison. J’avale ma bouchée de Froot Loops et je lance :
– Tu semblais si inquiète quand je me suis levée…

– J’ai paniqué sans y penser. Je n’étais pas vraiment réveillée… mais j’ai pris le temps de réfléchir et c’est de plus en plus clair.

Alexis a l’air sur le point de se fâcher, mais je lui fais signe de ne pas protester. Peut-être que ma mère à raison. Toutefois, je me souviens de la réaction de Papyrus à la mention de l’usine abandonnée. Je ne crois pas qu’il puisse s’agir d’une coïncidence si le cellulaire de mon père est là-bas sans qu’il y réponde.
 Il lui est arrivé quelque chose. Je ne peux m’enlever cette pensée de la tête.
   
– Il nous appellera à son réveil, de sa chambre d’hôtel ou du bureau, ajoute ma mère .  Après tout, je m’en fais pour rien : quand il est pris par le travail, comme hier, il perd parfois la notion du temps.
Je ne suis pas rassurée. Cependant, je connais bien ma mère : quand elle arrive à une conclusion, même si sa logique ne me semble pas parfaite, elle refuse de discuter et d’entendre raison.

On aura beau essayer, Alexis et moi, elle finira par dire : « C’est moi l’adulte, vous êtes des enfants, c’est moi qui décide. »

C’est son genre d’argument contre lequel aucune protestation n’est possible.
Elle nous quitte pour aller sous la douche et Alexis me lance :

– Je ne sais pas pourquoi, mais moi ça ne me dit rien de bon, tout ça.
– J’ai le même sentiment que toi, sauf que je ne sais pas comment nous pourrions nous y rendre nous-mêmes. C’est à l’autre bout de la ville.
– On pourrait appeler le 911, réplique mon frère. Ils pourraient envoyer des ambulanciers ou des policiers pour vérifier si Papa est là.
– Tu n’exagères pas un peu? Pense aux conséquences si on dérange une ambulance pour rien. Je crois que son idée du cellulaire perdu tient la route… Même si je suis surpris que Papa n’ait pas appelé.  

Alexis soupire et se retourne vers l’écran de l’ordinateur.

– SI nous, on allait voir, sans qu’elle le sache… lance-t-il
L’instant suivant, il complète la rotation de sa chaise et me fait un grand sourire, le visage tout illuminé.
– Et si on demandait à Arnaud? Il pourrait y aller, lui, pour vérifier.
– Après ce qu’il m’a dit plus tôt, je ne pense pas qu’il accepte de participer  
– Sauf qu’on pourrait lui demander de nous amener voir Papyrus. Et en route, on pourrait le faire changer d’idée. Lui expliquer ce qu’on pense avoir compris.

Il n’est pas bête, mon frère, quand il le veut bien. 

Quelques minutes plus tard, j’annonce à ma mère que nous partons visiter Papyrus à l’hôpital avec notre demi-frère et nos demi-sœurs. Arnaud refusait de ne pas amener Alhézia et Alexandra. En les attendant, je mémorise le trajet en observant la carte sur GoogleMaps.

Je m’entasse, avec Alexandra au centre et Alexis de l’autre côté, à l’arrière de la vieille voiture d’Arnaud, celle qu’il a reçue comme cadeau à ses 18 ans : une Volvo 2003, qui ressemble à une boite à beurre rectangulaire. 
Alexandra est contente de nous voir, comme si nous n’étions pas réunis il y a moins de 24 heures. Elle est toujours heureuse que nous soyons assemblés, tous les cinq, surtout lorsqu’il n’y a aucun étranger avec nous. 

Hier, une infirmière se trouvait dans la salle où on fêtait Papyrus et ça rendait Alexandra mal à l’aise. Elle restait assise à surveiller les murs, alors que, quand nous sommes seuls, ma sœur dit tout le temps : « Tous ensemble, nous sommes imbattables! »  C’est son autisme qui cause cette réaction : pour elle, faire confiance aux autres est difficile, mais elle croit sa famille invincible.  

Au bout de quelques minutes de route, alors qu’Arnaud s’apprête à tourner à gauche, j’applique le plan.
Tu devrais tourner à droite ici.
– L’hôpital est de l’autre côté, intervient Alhézia. Tu te trompes de chemin.  
Je pense qu’on devrait aller visiter l’usine que Papa a achetée hier, réplique Alexis, conformément à la stratégie que nous avons établie. Il y a oublié son téléphone.

– Moi, je veux voir Papyrus, continue notre sœur aînée.
– On s’y rendra après, rétorque Alexis. Papa sera content de savoir qu’on s’intéresse à son travail.

Une voiture klaxonne derrière nous, pour nous signifier de dégager la voie.
 Arnaud hausse les épaules et tourne vers la droite en disant : « Pourquoi pas! » 

mercredi 3 janvier 2018

Chapitre 3 : J’investigue

Mise en situation
Ce que vous lirez ici est le premier jet d’un roman en cours de création dans le cadre du projet Fais-moi peur, en collaboration avec la maison des jeunes de St-Léonard d’Aston. 

Les grandes lignes sont les suivantes: j'ai fait l'idéation du roman avec les jeunes, lors d'une soirée de création. Ensuite, je dois écrire le roman à partir des éléments choisis et laisser la création être influencée par les réactions des participants. À la fin, je retournerai voir les participants originaux pour une rencontre finale et discuter des idées conservées ou écartées en cours de création. 

Si vous le souhaitez, c'est votre occasion de jouer le rôle d’un directeur littéraire : commentez, relevez les erreurs, suggérez des modifications, formulez vos hypothèses sur ce qui s’en vient... Tous les commentaires sont les bienvenus!

Pour lire le chapitre 1: Je déteste, cliquez ici et le chapitre 2: Je m'inquiète, c'est ici



Chapitre 3 : J’investigue

Dès que je me réveille, je sens que quelque chose cloche. Je descends à la cuisine sans tarder : ma mère s’y trouve, café fumant à la main, le teint gris. Le regard nerveux, elle surveille sa tablette avec insistance. Elle ne s’est pas changée depuis la veille… Pourtant, elle se lave en se levant, d’habitude, puis elle se coiffe et se maquille. C’est la même routine depuis son adolescence, selon ce qu’elle m’a dit.
Mais ce matin, ce n’est pas comme d’habitude. Et je saisis tout de suite pourquoi : au comptoir où elle est assise, le banc de mon père est vide. Il n’y a pas de tasse de café noir ☕ devant cette place.

J’en déduis l’évidence : Arthur n’est pas rentré la nuit dernière!

– Maman? Il est où, papa?
– Alice!

Ma mère sursaute. Ça m’étonne qu’elle ne m’ait pas entendu arriver. Elle devait être vraiment concentrée sur sa tablette. Je verse des céréales 🍵dans mon bol pendant qu’elle hésite à me parler.

– Ton père n’est pas rentré hier soir. Il ne répond pas à mes appels ce matin.
Je dépose la boîte de Froot  Loops et je vide le carton de lait 🍼dans mon bol, avant de m’asseoir de l’autre côté du comptoir.
– T’as essayé sur Facebook
– Il n’a pas été connecté depuis hier soir, répond-elle.
– Et Instagram?

J’avale une bouchée de céréales pendant que ma mère me regarde avec un grand point d’interrogation dans les yeux.

– La compagnie a un compte. Papa y poste au moins deux fois plus de photos que sur sa page Facebook. Tu n’étais pas au courant?
– Tu sais, moi et les technologies…

C’est vrai que ma mère utilise sa tablette pour surfer sur Internet, lire des recettes, magasiner et envoyer des courriels, mais elle ne connait pas grand-chose aux réseaux sociaux. Elle a un profil Facebook dont elle se sert à peine, et elle ne comprend ni Twitter, ni Snapchat, ni Instagram.

 – Attends, je vérifie sur l’ordinateur.

Quelques instants plus tard, j’observe une photo de l’intérieur de l’usine abandonnée. L’image précédente, sur son compte, est un selfie où on voit mon père, qui sourit, le pouce en l’air, devant l’entrée de la bâtisse. Le statut qui accompagne l’image est « #agrandissement avec notre troisième usine! »  

Ces deux photos ont été postées hier vers la fin de l’après-midi, environ en même temps que la crise de Papyrus au centre de personnes âgées.

Depuis, plus rien. La page Facebook de la compagnie n’a pas non plus été mise à jour depuis la veille en matinée.

– La maison de tante Anne-Sophie est entre la nôtre et l’usine, non? S’il est parti tard de sa visite et de sa négociation, il a peut-être préféré s’arrêter là-bas pour dormir.
– Sans m’appeler ou m’écrire? Agir comme ça ne ressemble pas à Arthur
Je suis d’accord avec elle, parce que mon père aurait évité de nous inquiéter s’il avait décidé de ne pas rentrer.

– Tu veux que je vérifie? Je peux appeler. Arnaud travaille avec papa, il sait peut-être où il se trouve.
– Je vais tenter de rejoindre ses associés par Internet pendant ce temps-là. 

Ma mère hoche la tête avant de me dire que ça valait la peine d’essayer. J’attrape  le téléphone à fil sur le comptoir. C’est typiquement un vestige du passé comme elle les aime  : elle a gardé, au sous-sol de la maison, un vieux phonographe, une télévision à écran cathodique, un pagette, etc.

Arnaud décroche à la troisième sonnerie.
– T’as perdu ton cellulaire?
Il croit que c’est notre père qui utilise la ligne résidentielle.
– C’est Alice. T’as des nouvelles de papa?
– Non, en fait, j’espérais que ce soit lui, répond mon aîné. On a essayé de l’appeler hier, mais rien à faire. Je suis allé voir Papyrus ce matin, en me levant, et rien au sujet du paternel de ce côté-là.

Je crois percevoir une légère irritation dans la voix d’Arnaud, comme c’est habituellement le cas quand il parle de papa.

– Il n’est pas venu coucher. Ma mère est pas mal inquiète. Il ne répond pas à ses appels.
Est-ce que ça arrive souvent qu’il ne rentre pas comme ça?
Je décèle de la suspicion dans sa voix. Je n’aime pas le sous-entendu que j’y perçois.
C’est la première fois.
J’entends Arnaud qui a une exclamation amusée au bout du fil.
– Ici, c’est comme ça que ça a commencé.
Je ne comprends pas de quoi il parle.
– Qu’est-ce que tu veux dire, Arnaud? Je crois  que tu me niaises, mais ma mère a vraiment l’air inquiète ce matin, je n’ai pas le temps pour tes blagues.
– Quand notre père a commencé à tromper ma mère avec la tienne. C’est de ça que je te parle.

– Voyons, c’est pas du tout la même chose! que je rétorque avec force.
– Qu’est-ce que t’en sais? J’espère juste qu’il va revenir bientôt. Papyrus aurait pu y rester, hier, et c’est vraiment pas cool de la part du paternel de ne pas être présent dans un événement comme ça!

Avant que je puisse répondre, Arnaud a déjà raccroché. Je dépose le combiné du téléphone sur sa base et je retourne à mon bol de céréales.

 Bra-vo! Elles sont molles, maintenant.
 Et je ne sais pas plus où se trouve mon père.

Alexis se lève lui aussi, les cheveux ébouriffés par la nuit et les yeux toujours gonflés de sommeil.
– Qu’est-ce qui se passe? Pourquoi tu cries, Alice?
– Papa n’est pas rentré. On ne le trouve pas.
– L’avez-vous géolocalisé?

Ma mère fait son visage de « dépassée-par-le-langage-de-mes-enfants ».
– Avec son cellulaire, la compagnie peut toujours savoir où est le téléphone, explique Alexis.
Il s’assoit à l’ordinateur et quelques instants plus tard, une carte apparait à l’écran. Un point clignotant indique où se situe l’appareil de mon père.


À l’usine abandonnée. 

jeudi 21 décembre 2017

Chapitre 2: Je m'inquiète

Mise en situation
Ce que vous lirez ici est le premier jet d’un roman en cours de création dans le cadre du projet Fais-moi peur, en collaboration avec la maison des jeunes de St-Léonard d’Aston. 

Les grandes lignes sont les suivantes: j'ai fait l'idéation du roman avec les jeunes, lors d'une soirée de création. Ensuite, je dois écrire le roman à partir des éléments choisis et laisser la création être influencée par les réactions des participants. À la fin, je retournerai voir les participants originaux pour une rencontre finale et discuter des idées conservées ou écartées en cours de création. 

Si vous le souhaitez, c'est votre occasion de jouer le rôle d’un directeur littéraire : commentez, relevez les erreurs, suggérez des modifications, formulez vos hypothèses sur ce qui s’en vient... Tous les commentaires sont les bienvenus!

Pour lire le chapitre 1: Je déteste, cliquez ici




Chapitre 2 : Je m’inquiète

Dans la voiture, je m’inquiète. Nous sommes tous silencieux. Je n’apprécie pas les réunions de famille, mais j’aime Papyrus et je ne peux m’empêcher d’être triste pour lui. J’espère qu’il va s’en sortir sans séquelles. Je souhaite qu’il soit avec nous encore longtemps, même si je sais qu’il ne vivra pas éternellement.     

Il est reparti en ambulance après avoir perdu connaissance pendant quelques minutes, mais il n’a jamais été en détresse respiratoire. Il a été transporté à l’hôpital pour subir des tests et les ambulancières nous ont annoncés : « Vous savez, à son âge, c’est normal parfois que le corps passe des messages. »  Je ne suis pas certaine de ce que ça veut dire, mais ce dont je suis sûre, c’est qu’avant de tomber dans les pommes, il m’a lancé un avertissement.

« Il voudra se venger. »

Je me demande qui souhaitera se venger de qui, ou de quoi, et quel est le rapport avec l’usine abandonnée que mon père veut racheter. C’est quelque chose dont Papyrus a eu très peur, pour qu’il en fasse une crise aussi intense. Pourtant, il ne craint rien. Il a toujours été quelqu’un de solide, de fort, d’indestructible.

En tout cas, dans ma tête, il est comme ça. Je n’aime pas qu’il soit de plus en plus vieux. Je suis certaine que mon père désirerait apprendre rapidement ce qui arrive à Papyrus.

– Maman, tu sais à quelle heure papa devrait rentrer?
– Aucune idée, ma chérie. Tu peux l’appeler, si tu veux.

Je me penche vers l’avant et j’appuie sur le bouton du téléphone dans l’écran tactile de la voiture. Le premier numéro du répertoire, c’est le sien. La sonnerie retentit dans tout l’habitacle. Un coup, puis deux, puis trois.

 Vous avez bien rejoint Arthur Valenta, je ne peux prendre votre appel pour l’instant, laissez votre message. 

 J’appuie sur le bouton pour raccrocher. Je n’occuperai pas sa boîte vocale pour rien : nous avons déjà enregistré un petit mot quand nous l’avons appelé de la résidence.

– Sa rencontre n’est pas terminée, ma chérie.

Je ne devrais pas être surprise et je ne devrais pas m’inquiéter. Pourtant, la crise de mon grand-père me donne la désagréable impression que l’usine est un lieu dangereux. Ça n’a aucun sens. Cette rencontre n’est pas différente de toutes celles que mon père tient chaque année, pour des projets avant-gardistes, des produits innovateurs, des nouveaux marchés… ce qui ne me passionne pas du tout.

– Pourquoi tu veux lui parler? demande Alexis, assis sur la banquette arrière.
Pour lui dire ce qui est arrivé à Papyrus.
– Il ne répondait pas il y a quinze minutes. Il va rappeler quand il aura eu le message.
– Je sais, mais… vous n’avez pas trouvé ça bizarre, ce que Papyrus racontait?
– Il délirait, c’est tout, rétorque Alexis. Il commence à en perdre des bouts et il n’a probablement pas compris la moitié de ce qui se passait autour de lui.

Ma mère soupire avant de fixer mon frère par le rétroviseur.

– C’est méchant, ce que tu dis, Alexis.
Mon cadet hausse les épaules.
– La vérité, maman, ce n’est jamais vraiment méchant, non? Parfois, la politesse, c’est juste de l’hypocrisie.

– Ce n’est pas une raison, jeune homme, pour être aussi…
– Direct? rétorque mon frère. C’est normal qu’il n’ait plus toute sa tête, il est super vieux. Il va sûrement mourir bientôt. 

Je ne me sens pas bien quand je réfléchis à la mort. Je m’accroche à ma porte et le regard de ma mère se porte sur moi.

Arrête, Alexis, dit-elle. Tout de suite.

Je n’aime pas penser à ça. J’étais toute petite quand mamie est morte, mais je me souviens de la peine de mon père. Je ne l’avais jamais surpris à pleurer avant cet événement, mais cette fois-là, je l’avais vu plus vulnérable que jamais et je m’étais sentie totalement bouleversée.

Je tourne la tête vers mon frère. Il me fait une grimace et enfonce ses écouteurs dans ses oreilles.

– Ça ira, Alice. Ton grand-père sera en pleine forme demain. Il en a encore pour plusieurs années avec nous.

Je tente de respirer profondément, mais j’ai l’impression que mon souffle se bloque dans le haut de ma poitrine. Je sais reconnaître que c’est le stress qui me cause ce malaise. Il faut que je me détende. Je m’étire les doigts, en dépliant ma main le plus possible. Je les replie doucement, en commençant par la dernière phalange. Ça m’aide à contrôler la pression que je ressens dans ma poitrine. Je serre les poings et je les ouvre rapidement, comme si je voulais lancer des gouttelettes d’eau au bout de mes doigts.

Je tente de respirer de nouveau profondément et ça marche.

Papyrus ira bien, j’en suis convaincue.


Mais j’ai quand même hâte que mon père nous rappelle pour m’assurer que tout est OK. 

*********************************************************** 

Abonnez-vous par courriel (voir en haut à droite) pour recevoir les chapitres dès leur publication! 

mercredi 13 décembre 2017

Chapitre 1 : Je déteste

Mise en situation
Ce que vous lirez ici est le premier jet d’un roman en cours de création dans le cadre du projet Fais-moi peur, en collaboration avec la maison des jeunes de St-Léonard d’Aston. 

Les grandes lignes sont les suivantes: j'ai fait l'idéation du roman avec les jeunes, lors d'une soirée de création. Ensuite, je dois écrire le roman à partir des éléments choisis et laisser la création être influencée par les réactions des participants. À la fin, je retournerai voir les participants originaux pour une rencontre finale et discuter des idées conservées ou écartées en cours de création. 

Si vous le souhaitez, c'est votre occasion de jouer le rôle d’un directeur littéraire : commentez, relevez les erreurs, suggérez des modifications, formulez vos hypothèses sur ce qui s’en vient... Tous les commentaires sont les bienvenus!





Chapitre 1 : Je déteste

Je déteste les réunions de famille. J’aime bien les anniversaires et les fêtes, mais je n’aime pas les moments où des silences créent des malaises, où tout le monde se sent inconfortable…

J'haïs cette journée où, pour la fête de mon grand-père, nous réunissons les deux familles de mon père. Je n’aime pas vraiment sa première femme, Anne-Sophie. Elle me traite toujours comme un bébé, même si j’ai 12 ans. Je déteste surtout quand mon demi-frère (Arnaud, 18 ans) et mes demi-sœurs (Alhézia, 16 ans et Alexandra, 14 ans) prennent toute la place.

Comme Anne-Sophie est la sœur de ma mère Amélia, ça fait que mes demis sont aussi mes cousins/cousines. À cette jolie famille, ajoutons que, moi, Alice, j’ai un petit frère, Alexis.

Ça fait beaucoup de A dans la famille, non? Je ne sais pas pourquoi mon père s’est retrouvé aussi obsédé par cette lettre. Sans oublier mon papi. Son vrai nom, c’est Anatole, mais sa peau est tellement ridée qu’on l’appelle Papyrus.  Il vit dans une résidence pour personnes âgées et il fête aujourd’hui ses 89 ans.

Mon arbre généalogique ressemble donc en partie à ceci:

Anatole = père de Arthur.
Arthur + Anne-Sophie = Arnaud, Alhézia, Alexandra.
Arthur + Amélia = Alice et Alexis.
Anne-Sophie et Amélia = sœurs.

Dans la salle commune de la résidence, avec une tapisserie de fleurs blanches jaunies par le temps, un tapis à poil court qui a déjà connu de meilleurs jours et des chaises de faux cuir qui crissent sous nos fesses, nous sommes réunis dans les malaises et les inconforts. Tout le monde aimerait mieux être ailleurs, j’en suis certaine, même si les autres le cachent bien.

– T’as pas l’air dans ton assiette, Alice… me dit ma mère.
– Papa n’est même pas là.
– Tu sais, il avait une rencontre pour l’usine…
– Il ne pouvait pas mettre ça une des 360 journées de l’année où il n’y a pas de réunion de famille?

J’essaie de ne pas parler trop fort, mais Arnaud m’entend. Mon demi-frère est très bon pour me faire la morale : je suis certain qu’il s’approche en me faisant un demi-sourire parce qu’il va encore me dire que j’ai tort.

– Ça ne me tente pas non plus d’être ici, Alice, mais le vendeur que papa rencontrait n’était en ville que pour la fin de semaine.          
– Je sais, mais…
– Mais tu sais que Papa doit acheter une deuxième usine de production et que c’est une occasion incroyable pour lui de revaloriser l’usine abandonnée en même temps. Tu devrais être fière au lieu de faire la gueule. C’est grâce à ça que Papa peut nous faire vivre sans qu’on soit dans la misère.

Ce discours, je l’ai déjà entendu. Arnaud se pense bon parce qu’il a arrêté ses études pour travailler à l’usine. Papa le lui a permis parce que pour lui, l’école est difficile. Pendant ce temps-là, nous, les plus jeunes, on se fait toujours dire qu’il faudra qu’on étudie fort pour reprendre la compagnie quand on sera grand.

J’ai 12 ans. Je m’en fiche un peu de l’usine. J’ai envie de passer du temps avec mes amies, de réaliser des vidéos pour ma chaîne YouTube, de jouer de la guitare. Et comme la fête est vraiment plate, j’ai trop l’impression de perdre mon temps.

– On peut y aller, Maman? Papyrus n’a même pas de gâteau, en plus…
– Tu sais que le docteur ne veut pas qu’il mange de sucre, répond ma mère.
– Sauf que nous, on n’en fait pas, de diabète. On peut en manger, du dessert.
– Alice, tu pourrais aussi essayer d’être de bonne humeur, ça ferait changement, me lance mon petit frère Alexis.
Toi, je t’ai pas sonné!
– Les enfants! tonne ma mère. Pas de chicane.

Je soupire, pendant que mes deux demi-sœurs, Alhézia et Alexandra, racontent une anecdote qui ne m’intéresse pas. Je sors mon iPod, mais c’est peine perdue : il n’y a pas de WiFi dans la résidence.

Si seulement je pouvais avoir un cellulaire comme presque toutes mes amies! Je suis prise avec un iPod, parce que ma mère dit que je suis trop jeune pour avoir un portable.

– Bon, j’ai essayé d’appeler Arthur, dit ma tante, mais il ne répond pas. On va donner son cadeau à votre grand-père, les enfants.

Nous nous retrouvons tous autour de Papyrus, qui ne semble pas très conscient de ce qui se passe autour de lui. Pourtant, il nous regarde tous à tour de rôle avant de secouer la tête et de murmurer :

– Il est où, Arthur?
– Vous savez, Anatole, il allait voir pour l’usine… répond ma mère.
             
Papyrus tourne la tête plus rapidement que je ne le croyais capable. J’ai presque peur d’entendre sa nuque craquer tellement son mouvement est rapide!

– L’usine? Non, non, non, pas l’usine. Il ne doit pas y aller, je lui avais dit, c’est dangereux, pas l’usine…
– Voyons, Papyrus, pourquoi tu paniques autant? demande Alhézia, ma plus vieille demi-sœur.
– L’usine, dans la forêt, c’est là que, c’est là que…

Papyrus a les yeux complètement fous, comme s'il venait de perdre la tête. 

Avant qu’il ne puisse continuer, il se raidit dans sa chaise et entre en convulsions.

– Infirmière! s’écrie Anne-Sophie. Anatole fait une crise!

Dans la panique, mon regard croise celui de mon grand-père. J’ai l’impression d’y voir un instant de lucidité, quand sa bouche articule silencieusement :

   
– Il voudra se venger! 

mardi 5 décembre 2017

Deuxième rencontre

Je reviendrai plus longuement sur la deuxième rencontre, mais pour le moment, voici ce que j'en retiens:

- les jeunes étaient très allumés! Émylianne, Rachel, Logan, Hugo, Arthur et Frédérique, ceux qui étaient présents en plus des animatrices Marianne et Marie-Ève, avaient déjà des idées.

- La première étape a consisté, pour enlever une couche de timidité, à leur faire remplir une fiche de participant. L'idée en arrière de cette étape était très simple, en fait: les amener à évoquer des souvenirs de thèmes qui pourraient s'imposer dans la création. Dans ce document, les jeunes devaient nommer leur livre préféré, leur série télé/film préféré ainsi que des mets et des sports qu'ils aiment ou détestent. C'est simple, mais vraiment intéressant.

- Ensuite, je leur ai demandé de créer un personnage avec des informations très simples: nom, âge, année scolaire (si approprié). Pas de restrictions ici, mais ils ont tous instinctivement créer des personnages humains.   Dans cette idée, je désirais tester quelque chose dont j'ai souvent été témoin dans des ateliers de création: la majorité des gens a tendance à aligner sa création sur ce que les autres font, comme si nous désirions nous assurer d'une cohérence dans l'histoire qui se dessine dès le commencement.  Un personnage est vraiment différent des autres et c'est tant mieux...

- Le travail suivant a été plus complexe: comment pouvions-nous établir les liens et les relations entre ces personnages? Une caractéristique commune s'était dégagée sans que les jeunes le voit venir: 5 personnages sur 8 possèdent des prénoms qui s'inscrivent facilement dans une même famille, car ils ont une construction similaire. Ici, j'ai joué mon rôle d'écrivain en amenant les jeunes à se questionner: pourquoi 5 prénoms qui commencent par la lettre A? Qui sont les parents de ces jeunes? Leurs âges sont-ils compatibles avec une fratrie?

La suite, à venir!

vendredi 17 novembre 2017

On parle du projet dans les médias!

François Houde, du Nouvelliste, a parlé du projet dans le journal du 17 novembre 2017.

Suivez ce lien!


dimanche 5 novembre 2017

Bilan de la première rencontre

La rencontre du vendredi 13 octobre en a été une de découvertes et de discussions intéressantes, tel que prévu.

Au départ, j'espérais rencontrer les jeunes dans une formule conviviale et c'est ce qui s'est produit. Les préados (âgés de 11 à 13 ans) étaient content de recevoir un adulte qui venait jaser avec eux de peur et de création.

Après une visite en règle des lieux, nous nous sommes installés dans le grand salon, avec des copies de mes différents romans.

Mon plan de match était de faire un résumé du projet, pour les mettre en contexte et les titiller sur ce qu'ils auraient à faire, avant de parler de mes différents livres (surtout en répondant à leurs interrogations) et de ma vision des histoires d'épouvante. Après tout, le but du projet Fais-moi peur est de leur faire vivre la planification de ce type de récit.

Ce qui m'a le plus frappé, tout au long de l'heure et demi que j'ai passé avec eux, c'est qu'ils sont allumés par le projet. Ils ont la tête remplie d'idées, avant même que je m'amuse à leur expliquer ce que j'attends d'eux.

J'y retourne vendredi le 10 novembre, pour la rencontre d'idéation.

Au menu:

Fiche de 5 personnages
Description de 3 lieux
mais surtout...

Que vont-ils avoir envie de raconter?